Kamran Nazeer

A propos de l'auteur Kamran Nazeer

Kamran Nazeer est autiste, il a vécu à New York, Jeddah, Islamabad et Glasgow. Nombre de ses travaux ont été publiés dans des journaux et des magazines britanniques.

Extraits d'une interview réalisée par l'Association les Amis d'Arthur :


"Qu’avez-vous eu l’intention de dire avec Laissez entrer les idiots?

C’est un sujet qui m’a paru évident. Il me permettait de décrire le monde sous l’angle des
autistes ; un angle aussi important que les autres, qui a de la valeur.

Est-ce que revisiter votre passé a été difficile ?

Non, au contraire. Mon enfance n’est pour moi pas synonyme de souffrance.
Revoir mes camarades m’a permis à nouveau de goûter l’ouverture d’esprit qu’ont les autistes.
Il n’y a pas de comparaison ou de concurrence entre nous, ça vient probablement de nos
difficultés à communiquer !

Quelles étaient vos attentes quant à ce qu’étaient devenus vos amis ?

Je les ai revus sans idées préconçues, c’est la curiosité qui m’a poussé. Mais ça n’a pas été
évident pour moi. J’avais une lourde responsabilité vis-à-vis de mes camarades de classe qui me confiaient leur vie. C’était plutôt terrifiant, un vrai défi.

Comment placez-vous votre livre par rapport aux autres déjà écrits sur l’autisme ?

Cela peut paraître présomptueux mais je considère mon livre comme unique en son genre.
Personne n’avait encore décrit la vie d’autistes, de leur enfance jusqu’à l’âge adulte ; je n’ai pas eu connaissance de livres qui mêlaient les ressorts narratifs que j’emploie à une analyse quasi scientifique de l’autisme.

En bref, je ne suis pas vraiment en accord avec les études contemporaines sur l’autisme. Je
soutiens que la thèse dominante qui voudrait qu’un autiste soit aveugle ou non réceptif aux
émotions d’autrui est fausse. Je vois plutôt l’autisme comme un désordre mental. Les autistes ne sont pas incapables de lire les émotions des autres, c’est juste que ça leur est plus difficile, qu’ils sont « détournés ». Et ce, à cause d’une focalisation importante sur des détails, de l’association de certaines couleurs à des sensations, d’un besoin de cohérence locale – qui se concrétise par des balancements ou d’autres actions répétitives. C’est vrai en particulier quand ils sont jeunes, quand leurs émotions, leur capacité de langage sont encore en plein développement. Mais je sais une chose, c’est qu’ils peuvent apprendre, qu’ils doivent apprendre, au moins jusqu’à un certain point.

Un autre point apparaît souvent dans des ouvrages sur l’autisme contre lequel je réagis
fortement. C’est cette tendance à considérer les autistes comme des êtres isolés ou coupés du
monde. On les prend pour des surdoués ou pour des personnes inatteignables, or ce n’est pas
vrai. Les gens peuvent beaucoup influer sur les autistes, ça peut être un processus compliqué et
lent, la patience est nécessaire de chaque côté à cause des difficultés de communication. Mais ce qui lie chacun des camarades dont je parle dans mon livre, c’est qu’ils entretiennent tous des relations très étroites avec d’autres personnes et que ces relations sont fondamentales pour eux et leur développement.

Pensez-vous que vos amis et vous-mêmes êtes emblématiques ?

Je suis tout à fait conscient du fait que mes camarades et moi ne sommes pas de parfaits
représentants de l’autisme. Nous sommes tous issus de milieux aisés, nos parents ont été
attentifs et notre autisme a rapidement été détecté. Nous avons pu profiter d’un enseignement
spécialisé et bien sûr, tout le monde n’a pas notre chance..."

www.lesamisdarthur.org

Les livres de Kamran Nazeer

Laissez entrer les idiots
de Kamran Nazeer

Le témoignage bouleversant d'un autiste : 20 ans après Kamran retrouve quatre de ses anciens camarades de classe, autistes eux aussi. En 1982, à l'âge de q